Un potier de mes connaissances vendait ses bols 22 €. Il en écoulait une quarantaine par mois sur les marchés. Quand il a fait ses comptes en fin d'année, il lui restait 340 € de bénéfice réel. Ses bols, il les vendait en réalité 8,50 €.
La différence entre ces deux chiffres, c'est tout le sujet du prix en micro-entreprise. Et c'est précisément ce que la plupart des guides oublient de dire : le prix que vous affichez n'est pas ce que vous gagnez. Entre les deux s'intercalent les cotisations sociales, la franchise de TVA, les frais réels et le temps non facturé. Calculer tout ça à l'envers, en partant du revenu net que vous voulez toucher, change complètement la donne.
Points clés à retenir
- En micro-entreprise, les cotisations se calculent sur le chiffre d'affaires encaissé, jamais sur le bénéfice.
- Le taux de cotisations dépend de l'activité : vente de marchandises, prestation de services BIC ou activité libérale BNC.
- La bonne méthode est inversée : partir du net souhaité, puis remonter au prix de vente.
- La franchise de TVA masque souvent le vrai coût de vos achats, car vous ne récupérez pas la TVA.
- Le temps non facturé (prospection, compta, emballage) doit être intégré au tarif, sinon vous travaillez à perte.
- Un prix n'est jamais figé : il s'ajuste au fil des mois, pas une fois pour toutes.
Comment fixer le prix de ses produits en micro-entreprise sans travailler à perte
La question revient toujours sous la même forme : « je mets combien ? ». Et la réponse qu'on entend partout — regardez ce que fait la concurrence, ajoutez une marge — ne tient pas debout dans le régime micro. Pourquoi ? Parce que votre statut modifie la structure même de vos coûts.
Les cotisations ne tombent pas sur ce que vous gagnez
Un salarié paie des cotisations sur son salaire brut. Vous, vous les payez sur votre chiffre d'affaires encaissé, que vous ayez fait du bénéfice ou non. C'est la règle qui déroute le plus les débutants, et celle qui plombe le plus de prévisions.
Le taux appliqué dépend de la nature de votre activité. Une vente de marchandises (achat-revente, fabrication) relève des BIC et se situe autour de 12 à 13 %. Une prestation de services en BIC tourne plutôt vers 21-22 %. Une activité libérale relevant des BNC applique un taux proche de celui des services, avec des variantes selon les caisses. Ces fourchettes évoluent régulièrement, donc vérifiez le taux en vigueur auprès de l'URSSAF au moment où vous calculez — mais retenez l'ordre de grandeur : un cinquième de votre chiffre part avant même de parler de vos frais.
Le corollaire est brutal. Si vous vendez un service 100 €, il ne vous reste pas 100 € à dépenser. Il vous reste 78-79 €, duquel il faut encore sortir vos outils, votre logiciel, votre essence.
La méthode inversée : partir du net, pas du prix
Voici comment je procède maintenant, et ça a changé ma façon de tarifer du tout au tout. On ne part pas du prix de vente pour voir ce qui reste. On part de ce qui doit rester.
- Fixez le net cible : ce que vous voulez réellement toucher par mois, une fois tout payé.
- Estimez vos charges réelles annuelles : matière première, abonnements, déplacements, assurance, éventuellement un local.
- Additionnez net cible et charges : c'est ce que votre chiffre d'affaires doit couvrir.
- Divisez par (1 − taux de cotisations). Exemple avec un taux de 22 % sur du service : 1 − 0,22 = 0,78.
- Vous obtenez le CA minimum à générer. Reste à le diviser par votre volume de ventes prévisible.
Le point 4 est celui que tout le monde saute. Un calcul concret : je veux 2 000 € nets par mois et j'ai 300 € de charges. Il me faut donc couvrir 2 300 €. Je divise par 0,78 → 2 949 € de chiffre d'affaires mensuel. Si je vends 30 prestations par mois, chacune doit être facturée au minimum 98 €. Pas 77 € comme mon premier réflexe me soufflait.
Franchement, la première fois que j'ai posé ce calcul, j'ai cru m'être trompé d'un facteur deux. Non. C'était juste la réalité que j'évitais.
La franchise de TVA, ce faux ami
Tant que vous restez sous les seuils de la franchise en base, vous ne facturez pas la TVA. La limite usuelle tourne autour de 37 500 € pour les prestations de services et 85 000 € pour la vente de marchandises, avec des seuils majorés qui déclenchent la sortie du dispositif. Ces montants bougent, donc là encore, vérifiez l'actualité.
Ce que personne ne vous dit, c'est que la franchise vous pénalise sur vos achats. Vous ne facturez pas la TVA, certes, mais vous ne la récupérez pas non plus. Si vous achetez de la matière à un fournisseur, vous absorbez 20 % de TVA que votre concurrent assujetti, lui, déduit. Sur un produit à 30 € d'achat, ça fait 6 € de plus dans votre poche, pour rien. Sur 200 unités par an, 1 200 €.
La franchise n'est un cadeau que si vous vendez de la prestation pure, sans consommables. Dès que vous touchez de la matière, elle ronge votre marge en silence.
Intégrer le temps que vous ne facturez pas
Personne ne facture ses devis, ses relances, ses allers-retours par mail, sa compta trimestrielle, ses emballages et ses passages à la poste. Et pourtant, ces heures existent.
Une méthode simple : notez pendant deux semaines tout votre temps de travail, facturé ou non. Chez la plupart des indépendants que je connais, le ratio tourne autour de 70 % facturé pour 30 % non facturé. Si vous visez un tarif horaire de 40 € sur le papier, votre heure réelle vaut plutôt 28 €. Pour compenser, soit vous augmentez votre tarif affiché d'environ 40 %, soit vous acceptez de gagner moins. Il n'y a pas de troisième voie.
Le prix psychologique, oui, mais après le calcul
Arrondir à 49 € plutôt qu'à 50 €, ça fonctionne. Enlever le symbole € sur un menu, aussi. Sauf que ces astuces s'appliquent sur un prix déjà rentable. Les ajuster avant d'avoir fait le calcul inversé, c'est maquiller une perte.
Dans l'artisanat et le service de proximité, les paliers ronds (50, 100, 200 €) passent mieux qu'en e-commerce, où les terminaisons en 9 ou 7 ont encore la cote. À vous de tester sur votre marché, mais testez sur une base saine.
Une grille de repères selon votre activité
Pour situer votre tarif, voici les ordres de grandeur qu'on rencontre le plus souvent chez les indépendants en micro-entreprise. Ce ne sont pas des barèmes officiels, juste des observations de terrain.
| Activité | Repère courant | Ce qui le fait varier |
|---|---|---|
| Prestation administrative / secrétariat | 25 à 45 €/h | Spécialisation, régularité de la mission |
| Bâtiment (petits travaux, finitions) | 35 à 60 €/h | Zone géographique, urgence, déplacement |
| Multi-services (bricolage, jardinage) | 30 à 50 €/h | Matériel fourni ou non |
| Conseil / accompagnement | 60 à 120 €/h | Expertise, taille du client |
| Journée de prestation complète | 250 à 500 €/j | Durée d'engagement, frais inclus |
Un tarif journalier n'est pas sept fois un tarif horaire. Il intègre une décote de volume, mais aussi la disponibilité bloquée. Comptez plutôt cinq à six heures réellement productives par jour, pas huit.
Trois erreurs que j'ai commises
Arrondir vers le bas par confort. Mon premier tarif horaire, je l'avais fixé à 25 € « pour démarrer ». Résultat : après cotisations, il me restait 19,50 €, moins mes frais. J'ai tenu six mois avant de comprendre que je m'étais juste rendu service à moitié.
Copier le voisin. J'ai calé mes prix sur ceux d'un confrère mieux installé, avec plus de volume et des achats groupés. Je n'avais ni les mêmes coûts ni la même clientèle. Comparer son prix à celui d'un autre sans comparer sa structure de coûts, c'est comparer des choux et des carottes.
Oublier de réévaluer. J'ai laissé un tarif inchangé pendant près de deux ans pendant que le coût de mes fournitures montait. Personne ne viendra vous prévenir qu'il est temps d'augmenter. Il faut se fixer une date, une fois par an, pour repasser tous les prix au crible.
« Mais si j'augmente, je perds mes clients »
C'est l'objection que tout le monde formule, et elle est en partie fausse. Une hausse de 10 % ne fait pas fuir 10 % des clients ; le seuil de bascule dépend beaucoup du secteur et du type de relation. Sur des prestations où vous êtes le seul à pouvoir livrer, la sensibilité est faible. Sur des produits banalisés achetables n'importe où, elle est forte.
Le vrai problème n'est pas le prix. C'est le manque d'argument. Un client qui part pour 5 € de moins n'était pas un client, c'était un acheteur de passage.
Le versement libératoire change-t-il la donne ?
Oui, et c'est un point souvent zappé. Si vous optez pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu, vous payez votre impôt en même temps que vos cotisations, à un taux fixe appliqué au chiffre d'affaires. Vous ne déduisez plus vos charges, mais vous gagnez en simplicité et en prévisibilité.
Pour un tarif, l'effet est direct : vous connaissez à l'avance ce qui sort, en pourcentage, sur chaque euro encaissé. Ça rend le calcul inversé encore plus net. En contrepartie, vous perdez l'abattement forfaitaire sur le revenu, ce qui n'est pas toujours avantageux selon votre foyer fiscal. À arbitrer avec votre situation réelle, pas en général.
Ce que le prix dit vraiment de vous
Le prix que vous affichez raconte une histoire sur ce que vous croyez valoir. Le fixer trop bas pour rassurer, c'est souvent se rassurer soi-même, pas rassurer le client. Et ce n'est pas un hasard si, dans presque tous les cas de sous-tarification que je vois, la personne n'avait tout simplement jamais posé le calcul complet : cotisations, charges, temps invisible, franchise de TVA.
Alors une chose simple. Ce soir, prenez votre dernier mois. Notez votre chiffre d'affaires, retirez le taux de cotisations de votre activité, retirez vos frais réels, retirez le temps non facturé. Regardez le chiffre qui reste. S'il vous fait mal, vous venez de trouver pourquoi.